UNE ORATRICE à L’ASSEMBLEE

Si je vous dis :

 » Produit, consomme, crève »

ou :

« le chaos, c’est vous,
la provocation, c’est vous,
la violence sociale, c’est vous ».

Qui est-ce ?

Des indices :

✅une éloquence travaillée : Rythme ternaire, épiphore …

✅ un style direct et percutant où le fond de la pensée est aligné avec le vocabulaire utilisé et le recours aux formules comme des uppercuts, opposant le camp du bien et celui du mal, bref une seule et même couleur, fil rouge qui transpire à chaque instant

✅ une voix grave et un regard direct.

👉 Ce sont quelques-uns des éléments qui composent la signature rhétorique de la Députée Mathilde Panot, Présidente du groupe LFI à l’Assemblée nationale.

Interrogée sur son style direct et sans concession, elle déclare « ce n’est pas réservé aux hommes d’être tribun et aux femmes d’être douces….ce temps-là est révolu ». Elle explique avoir été formée par Jean-Luc Mélenchon et avoir travaillé la prise de parole.

💡 Que peut-on en retenir ?

🚀 que la prise de parole (quelle que soit sa forme) s’apprend et se travaille (il n’y a pas de mystère)

🚀 que l’on peut être une femme et s’exprimer de façon forte, abrupte

🚀 que la clé réside notamment dans l’authenticité. Elle dit ce qu’elle pense et comme elle le ressent. L’alignement (la congruence) est parfait, il n’y a pas de jeu de déclamation ou d’interprétation.

Les prises de parole de Mathilde Panot ne laissent pas indifférents (quelles que soient nos idées politiques), elles marquent les esprits.

C’est une femme, ancrée dans son époque. Que l’on partage ou pas ses opinions politiques, elle fait partie de celles qui osent donner de la voix.

Vous la connaissez ?


PRESIDENTIELLES 2022 EPISODE 5


Comment se préparer à une prise de parole en public ?

Prenons pour exemple (au hasard…) le débat de l’entre-deux tours.

Vous l’avez compris : chacun des candidats s’isole et le prépare. Bien sûr, l’enjeu est de taille mais retenez : les prises de parole sont rarement réussies si elles ne sont pas travaillées en amont.

En l’espèce, que sait-on de cette préparation ?

📂Les candidats doivent être en forme (on se souvient de l’effet désastreux de la fatigue sur Marine Le Pen il y a 5 ans).
📂Les candidats préparent méticuleusement leurs dossiers, qu’ils doivent maîtriser sans trop consulter leurs fiches le jour J et dont le nombre doit être absolument limité.
📂Les candidats doivent faire preuve d’ethos, comprendre de crédibilité. S’énerver ou faire preuve de trop d’arrogance n’envoient pas un bon signal et n’inspirent pas confiance. En effet, un président, particulièrement dans le contexte international que l’on connaît, doit faire preuve de maîtrise, de soi comme des dossiers.
📂Dès lors, les mots mais aussi la posture et le ton de la voix sont à travailler.

Pour cela, aucun mystère, les candidats travaillent et … répètent. Ils font et refont le débat, à l’aide de leurs conseillers. Chaque question, chaque posture est passée au crible. On dit même que le partenaire de Marine Le Pen ressemblerait à Emmanuel Macron.

Bref, répéter une intervention est une clé indispensable pour qu’elle soit réussie, que ce soit un débat de l’entre-deux tours ou un pitch. Le travail de la posture, d’une punchline savamment préparée, la maîtrise et l’apparente spontanéité sont en réalité le fruit d’une bonne dose de répétitions.

Alors, le faites-vous ?
📌Avant une audience, répétez-vous votre plaidoirie (ne pas confondre avec le par cœur) ?
📌Avant la présentation de votre plan stratégique au CoDir, avez-vous pris le temps d’une répétition à l’oral ?
📌Avant de pitcher 1 minute devant des investisseurs, combien d’entraînements à voix haute ?
 
Maîtriser ses dossiers et ses fiches est un très bon début, mais totalement insuffisant. La prise de parole est un exercice à part entière. Il suppose de s’entraîner à dire les choses et savoir comment on va les dire.
 

PRESIDENTIELLES 2022 EPISODE 4

2h30…J’ai regardé le meeting d’Emmanuel Macron le 2 avril à la Défense Arena.
 
Est-ce que sur la forme le discours était réussi ?
 
✅Sur le lieu et la mise en scène : un concert, un match, une arène ? Et bien, tout ça à la fois ! Pour l’entrée du candidat, j’hésite : c’est Johnny, c’est Rocky ? #démesure
Placée au centre en contrebas : la scène sur laquelle se dressent 4 pupitres à 4 endroits différents, auxquels se rendra le candidat au gré de son discours. Au milieu de tous, vu par tous #proximité.
 
✅La posture : Emmanuel Macron se promène mais pas trop. Quand il s’arrête la posture est droite, stable, les bras souvent vers le haut, les mains qui appuient sans cesse le discours. Bref, il l’incarne. Il se balade, sans notes (il y a des prompteurs très discrets qu’il semble ne pas regarder), sans entrave (il a un micro-cravate) et parle d’une façon parfaitement maîtrisée. Il semble à l’aise, y prendre du plaisir. Donc, c’est communicatif !
 
✅La voix : quel progrès ! D’ailleurs, il ose lui-même le clin d’œil à son célèbre « puisque c’est notre projet » étranglé de 2017 ! La voix est mieux projetée, il en joue, alternant le volume, le débit, le ton. Alignement des mots, du corps et de la voix. Il est donc en connexion totale avec l’auditoire.
 
Mais que c’est long ! Comme il est bon, la première heure passe vite, mais quand même ! A la moitié du temps, paf : entracte (salle dans le noir et écran diffusant des images de la France et des paroles de français).
 
✅Et les mots ? D’une façon générale, c’est moins littéraire et assez agréable à l’écoute. Mais ce qui est intéressant, c’est le registre du « nous » qui est décliné à l’envi (y compris sur ses affiches où le slogan est passé de « Avec vous » à « Nous tous »). Et ça marche ! De façon habile, la longue énumération de ses réalisations se termine à chaque fois par « nous l’avons fait » (une répétition d’un mot ou d’un groupe de mots en fin de phrases, c’est une épiphore). C’est efficace car rassembleur.
 
Dans sa première partie, Emmanuel Macron est assez précis : il pose les problèmes, les illustre d’un exemple (une histoire emprunte de pathos : la jeune maman sans le sou), et apporte une solution concrète qu’annonce le : « C’est pourquoi… ». Le détail et les exemples donnent un caractère concret et donc crédible à cette partie du discours.
Pour sa deuxième partie, c’est le déroulé des grands thèmes de campagne et l’appel aux valeurs, particulièrement l’injustice et l’égalité. Difficile de ne pas être d’accord !!!
 

Il finit vers le haut « le combat, c’est maintenant » (vous l’avez, le clin d’oeil ?) et salue tel un show man, posté devant la jeunesse.
 
Il s’est passé quelque chose, on ne peut pas le nier et l’on peut débattre sans fin du nombre de places réellement occupées dans la salle, de ses envolées lyriques (il en reste encore !) en tant qu’orateur, il a fait le job.

PRESIDENTIELLES 2022 EPISODE 3

J’ai regardé le discours d’Eric Zemour dimanche.
 
Alors, sur la forme, exercice réussi ou pas ? Je reste dubitative.

Il y a bien des éléments qui en imposent et confèrent à lui donner une stature de présidentiable :
 
✔Le lieu avec le choix du Trocadéro, lourd de symboles et qui illustre son propos, lui qui se veut être le rassembleur de la droite.

✔Le décor, avec cette estrade bleue en forme pyramidale qui répondait (chance !) au magnifique ciel bleu parisien. La marée de drapeaux et le public en nombre font le reste.
 
Bref, ça en jette, démonstration de force et de crédibilité réussie.
 
Sur le reste :
 
📌La gestuelle : Être au pupitre le sert, Eric Zemour pose ses mains dessus et se tient légèrement vers l’avant : position qui témoigne d’un certain engagement. Il ne s’y agrippe pas et appuie ses propos par des gestes discrets mais présents, des gestes qui martèlent. Mais, cela reste assez (trop ?) discret.
 
📌L’auditoire : Eric Zemour sait s’interrompre pour reprendre la Marseillaise avec le public, son regard balaie l’assemblée, il y a des sourires. Il est plutôt bon, laissant les applaudissements se faire et sachant reprendre quand il faut.
 
📌La voix est claire, le ton reste assez modéré et linéaire. Mais où sont l’enthousiasme, l’indignation ?
 
En résumé, cela manque d’élan, de force. Il y a peu d’emphase dans le non-verbal (le corps) et le para-verbal (la voix).

Sauf à la fin. Les 5 dernières minutes, Eric Zemour monte enfin en puissance, la voix se fait plus forte, les bras s’élèvent.
 
On y est ! Voilà la ferveur pour la conclusion de son intervention. Une conclusion dite vers le haut qui mobilise et appelle à l’action.
 
Mais l’impression globale reste monotone pour un meeting de cette envergure à 15 jours de l’échéance. On assiste davantage à la démonstration d’un professeur ou …d’un journaliste. C’était peut-être le but (en mode : je ne suis pas comme les autres).
 
Le discours était bien écrit avec :
 
🎯 force interrogations, interpelant souvent l’auditoire notamment sur ce qu’il veut ou ne veut pas pour son avenir.
🎯 de nombreuses anaphores (Vous savez la répétition d’un mot ou groupe de mots en début de phrase). Commençant des séries de phrases par : « Ma France, c’est … », « L’assimilation, c’est … ».
🎯 L’orateur instaure la confiance par sa crédibilité tirée de ses origines familiales et de son parcours qui n’a rien de celui d’un politicien classique. Comprendre : il parle de ce qu’il connaît et dit la vérité.
🎯Il convoque l’amour de la France, l’illustre avec des exemples issus du patrimoine culturel (Brel, Victor Hugo …).
🎯Et bien sûr quelques punchlines: « Je suis le candidat qui a le souci de la fin du mois et de la fin de la France ».
 
Jouer avec les mots, c’est le secret des formules qui marquent.
 

PRESIDENTIELLES 2022 EPISODE 2

Le pitch façon Jean-luc Mélenchon


Je dois régulièrement présenter mon activité de coaching de prise de parole en public #advocatio. Je dois être précise et synthétique.

Alors je m’entraîne et je chronomètre. Je me suis fixée l’objectif d’une présentation en 1 minute. Pas si simple à tenir !

J’ai donc regardé avec intérêt lundi soir les candidats à la présidentielle présenter leur profession de foi sur le plateau (un ring) de TF1 en 1 minute. Et j’ai vu Jean-Luc Mélenchon.

En 1’14, tout était dit ! Quels étaient les points forts ?

✅ Son accroche bien sûr : directe et qui met tout le monde d’accord : on veut la paix mais la situation ne doit pas faire oublier les autres sujets sur lesquels il faut trancher.

✅ Puis cette suite de questions rhétoriques qui balaie une bonne partie du programme tout en affichant ses propositions :

◾ « les prix : on laisse aller la spéculation ou on les bloque à la baisse ? »
◾ « la retraite : 65 ans avec monsieur Macron ou 60 ans avec moi ? »
◾ « la monarchie présidentielle : on continue ou on passe à la 6ème république ? »…

✅ Enfin sa conclusion « Bref, je finis » :
Une conclusion vers le haut avec un appel à l’action « et si vous le voulez, dans 30 jours, on commence parce qu’un autre monde est possible ».

Et vous, avez-vous regardé les pitchs des candidats ? Avez-vous trouvé la forme efficace ?

PRESIDENTIELLES 2022

Le meeting de Valérie Pécresse

Il fallait bien en parler …

Le meeting de Valérie Pécresse a fait couler beaucoup d’encre. Elle est venue se justifier sur plusieurs plateaux de télévision, encore hier soir sur celui du journal de #france2.
 
Oui, l’exercice du discours prononcé dimanche dernier au Zénith était raté, loupé, manqué.
 
Pour autant, faut-il être un bon orateur pour être candidat ? Faut-il maîtriser la #rhétorique, donc l’art du discours, pour se présenter à l’élection présidentielle ?
 
L’intéressée répond « non », évidemment, et se définit comme une faiseuse et non une diseuse (encore un slogan et une rime, sa signature). Un slogan de trop d’ailleurs. Ses discours en étaient truffés, et cela sonnait donc creux.

Beaucoup de choses ont manqué, mais surtout, la candidate a manqué d’authenticité ou, en tout cas, n’en a pas montré. Pourquoi ? Une posture, une voix, une façon de dire les choses bien trop en décalage avec elle. Bref, à trop vouloir jouer un rôle, à trop vouloir incarner ce que l’on n’est pas, on est à côté.


Qu’en pensez-vous ? Faut-il être un bon orateur pour être candidat ? 🤔

La force de la parole

Aujourd’hui, j’ai vécu un beau moment. 🙏✨

J’ai fait cours à une classe de 5ème. Durant deux heures, on a travaillé la prise de parole en public. On a joué, débattu, parlé argument, imagination, voix, rimes.🌞

Au milieu de cette joyeuse effervescence, je leur ai parlé de Joséphine Baker. Nous avons échangé sur sa vie, puis je leur ai lu ce discours qu’elle a prononcé le 28 août 1963.

Quelques extraits (Merci au #LePoint qui a publié cette traduction, le lien ici https://www.lepoint.fr/politique/quand-josephine-baker-prononcait-un-discours-aux-cotes-de-martin-luther-king-27-11-2021-2454066_20.php) :

« Je dois vous dire autre chose : quand j’étais jeune à Paris, il m’est arrivé d’étranges choses. Des choses que je n’avais jamais vécues. Quand j’ai quitté Saint-Louis il y a très longtemps, on m’avait fait monter dans le dernier wagon. Vous savez tous ce que cela signifie. Mais quand j’ai fui dans un autre pays, je n’ai plus eu à faire cela. Je pouvais manger dans n’importe quel restaurant, je pouvais boire un verre à ma guise, je n’avais pas à aller dans des toilettes réservées aux gens de couleur, et je dois vous dire que c’était très agréable, je m’y suis habituée, cela m’a plu et je n’avais plus peur que quelqu’un se mette à me crier dessus pour me dire : “Toi, la Négresse, tu vas au bout de la queue.” J’utilise très rarement ce mot. Mais vous savez qu’on l’a employé très souvent à mon égard. (…)
Vous savez, mes amis, que je ne vous mens pas quand je vous raconte que j’ai été reçue dans des palais de reines et de rois, dans des maisons de chefs d’État. Mais je n’ai pas eu le droit d’entrer dans un hôtel d’Amérique ni de demander une tasse de café. Cela m’a rendue folle. Et quand je deviens folle, vous savez que j’ouvre ma bouche. (…)
Mes amis, mes frères et mes sœurs, voilà donc comment cela s’est passé. À force de m’entendre crier très fort, ils ont commencé à entrebâiller la porte. (…)
Mais vous, les jeunes, vous devez encore faire autre chose. Je sais que vous avez entendu cela des milliers de fois dans la bouche de vos parents, comme, moi-même, je l’avais entendu dire par ma mère. Je n’ai pas suivi son conseil, sinon d’une autre manière. Vous devez recevoir une éducation. Vous devez aller à l’école et apprendre à vous défendre. Et vous devez apprendre à vous défendre avec un stylo et non avec une arme. Alors vous pourrez leur répondre et je peux vous dire, mes amis – et ce n’est pas juste une banalité – qu’un stylo est plus puissant qu’une épée. » 

✨Dans la classe, plus de bruit, de toux ou de chaises qui grincent. Seulement un silence attentif, concentré, lourd de réflexion. Chacun digérait le texte. Un moment rare et précieux.

🖋Puis les élèves ont pris leur stylo, et forts de l’arme qu’ils avaient entre leur main, ont commencé à rédiger leurs futurs discours.

Aujourd’hui, le silence était d’or.🌞

L’art de l’improvisation

Le discours de la semaine est riche d’enseignements.

D’abord par la sincérité avec laquelle l’oratrice se dévoile et raconte son parcours, ses échecs :

« En me cachant, je me coupais d’une grande partie de mes moyens de communication ».

Ensuite, par cette structure invisible et pourtant bien présente du récit propre au storytelling

Enfin, par la découverte de l’improvisation.

« L’improvisation (…) c’est être à 100 % dans l’instant présent » dit-elle.

Parler, communiquer, c’est effectivement cela. Etre en permanence en lien avec son auditoire, le sentir, le prendre comme il est, et ne pas rester dans sa bulle.

Ecoutez son histoire, retenez ses expériences et laissez vous bercer par sa voix.

L’oratrice, Cyrille Aimée, est chanteuse de jazz et partage les clés de l’improvisation musicale, transposables à tout discours.

C’est par ici : https://www.youtube.com/watch?v=eWdw2mv144U

De l’art du discours

10 minutes suffisent pour vous emporter. Emmanuel Faber livre ici un fantastique discours qui éveille la curiosité, émeut et donne envie d’agir.

Relevant davantage du storytelling que du discours classique, cette prise de parole contient de nombreuses clés permettant de capter l’attention et d’emporter l’adhésion, saurez-vous trouver lesquelles ?