Avant, j’étais avocate. Pendant 20 ans, j’ai défendu des entreprises aux prud’hommes. Des dossiers différents, plus ou moins complexes, plus ou moins techniques
Pour les défendre, j’ai :
➡️ élaboré des stratégies de défense, tenant compte du dossier, de la politique RH de l’entreprise, des enjeux financiers etc.
➡️ réuni des arguments pour démontrer la justesse de ma position. Des arguments juridiques, factuels, économiques et tant d’autres !
➡️ collecté des preuves pour démontrer la force de mes arguments.
❌ Mais, j’ai menti, vraiment menti une fois.
J’étais jeune avocate. Arrive une question gênante pour ma cliente.
La question était simple : « 𝑀𝑎𝑖̂𝑡𝑟𝑒, 𝑙𝑎 𝑠𝑜𝑐𝑖𝑒́𝑡𝑒́ 𝑎-𝑡-𝑒𝑙𝑙𝑒 𝑟𝑒́𝑐𝑢𝑝𝑒́𝑟𝑒́ 𝑙’𝑜𝑟𝑑𝑖𝑛𝑎𝑡𝑒𝑢𝑟 𝑑𝑢 𝑠𝑎𝑙𝑎𝑟𝑖𝑒́ ? » Sans réfléchir, j’affirme haut et fort « NON » !
En réalité, je n’en savais rien. Mais ça protégeait ma cliente.
J’ai menti sans hésitation, avec un aplomb qui m’a déconcertée !
Je ne me souviens pas de la suite. Le dossier était vide sur ce point. C’était parole contre parole.
Donc, j’avais tellement envie de défendre mon client que je n’ai pas hésité une seconde.
J’ai gagné.
Mon mensonge n’a pas été déterminant dans cette victoire. Mais il y a un peu contribué. Pas le mensonge lui-même, mais ma conviction qui semblait inébranlable.
✅ Je n’ai plus vraiment menti après. J’ai servi une vérité, celle de mes clients. Mais je n’ai plus jamais affirmé haut et fort un fait que je savais faux ou dont je n’avais aucune idée.
✅ Avec l’expérience, j’ai appris à dire « je ne sais pas ».
J’ai appris à être convaincante en disant je ne sais pas.
✅ 10 ans plus tard. Face à ma moi une consoeur plaide et ment effrontément. Je le sais, elle sait que je sais. Le mensonge énorme porte sur un élément central dossier.
✅ En contre attaque, je n’ai pas menti. J’ai :
– utilisé la technique du faisceau d’indices (mon client m’avait interdit de produire la pièce qui disait tout, pour des raisons extérieures au dossier 😢)
– attaqué la crédibilité de mon interlocutrice (de son client).
Non, ce n’est pas moche !
La crédibilité est, au même titre que l’argumentation, un élément central pour convaincre (on en parle dans ma prochaine newsletter Convaincre !).
Je considère donc qu’on peut combattre autant les arguments adverses que la crédibilité de l’adversaire, en gros sa personne, sa réputation.
– Je n’ai pas menti.
En sortant de l’audience, la consoeur me dit : « c’est le jeu » !
Le fin mot de l’histoire : elle a gagné sur le principe, faute de preuve, mais pas d’argent et la Cour d’appel lui a donné totalement tort ! J’ai gagné 😀
💡 Donc le mensonge n’est pas une solution pour convaincre.
